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Urbanisme & Immo actuels qui ferait crier famine aux villes, la concurrence potentielle que représente son développement pour les terres agricoles, ou encore sa production high-tech, Nicolas Gilsoul peut déjà affirmer avec certitude que « les millions qui ont été investis dans les projets des Parisculteurs auraient un effet plus durable s'ils nourrissaient des projets de parcs urbains, bien plus capables encore de tisser du lien social et de renforcer la résilience de nos cités ». Si monter de la terre en grande quantité pour planter des arbres sur les toits serait très lourd pour les structures des bâtiments, Bas Smets préfère tout de même les toits verts aux façades vertes, car ils absorbent l'eau de pluie : « Verdir les façades, c'est de la jolie décoration qui revient cher et qui n'est pas durable. Il est aussi dommage de cacher l'architecture derrière du vert. Mieux vaut faire un beau paysage à côté ». L'ingéniosité de l'homme au service des plantes Cet ingénieur du vivant s'inspire de la logique de la nature et imite le caractère opportuniste des plantes pour inventer des paysages augmentés. Il cherche en premier lieu à désimperméabiliser les sols : « On a réalisé des parkings de gravier qui sont perméables et dont les fondations servent de réserve d'eau. Ils ne coûtent pas plus cher qu'un parking normal. Le problème de l'eau, c'est qu'on n'en a pas assez pour irriguer les arbres parce qu'elle s’écoule, et qu’on en a trop au point le plus bas, ce qui provoque des inondations. Il faut garder l'eau où elle tombe pour qu'elle uisse recharger la nappe phréatique et s'évaporer. » Autour de la gare Part-Dieu à Lyon, un millier d'arbres sont en train de coloniser une dalle de granit dont Bas Smets es joints sont poreux. Ils disposent sous la surface de grands réservoirs en mélange terre-pierres. « On a réalisé une cartographie du sous-sol pour définir des zones de plantation », détaille Bas Smets. « C'est un travail compliqué que de parler avec tous les différents services. Le sous-sol n'a encore jamais été organisé. C'est comme l'espace aérien. Quand il n'y avait que quelques avions, chacun volait où il voulait. Maintenant, chaque avion a un couloir de vol. À Paris-La Chapelle, en collaboration avec l’agence L’AUC, on a construit des chambres de 3 m³ sous la voirie pour les canalisations d'eau, d'électricité et de gaz. Tout le reste, c'est de la pleine terre dans laquelle on plante. Ça, c'est le futur. C'est cher, mais à Paris il y a cette volonté politique ». Le choix des essences doit aussi être mûrement réfléchi. Boulevard Saint-Lazare à Bruxelles – un projet qu'il a À Londres, Bas Smets a planté 500 arbres dans la cour d'un hôtel. remporté en 2012 – des arbres issus de latitudes plus basses peupleront une vallée verte parée à affronter le réchauffement climatique. Elle sera montée sur des pavés dont les interstices laisseront passer l'eau et reposera sur un squelette terre-pierres drainant. « Des plantes indigènes ne s'adaptent pas forcément au climat modifié par les bâtiments et les routes dans les villes », continue Bas Smets. « À Tour & Taxis, on a planté des arbres pionniers parce que la terre était trop lourde pour des arbres de pépinière. Il faut réfléchir comme les végétaux, se demander ce qui est le plus opportuniste. J'ai planté 500 arbres grimpants dans la cour d'un hôtel londonien. Ils n'étaient pas originaires de la région et n'auraient pas survécu dans la rue, mais ils étaient adaptés au climat protégé de la cour. Pour la Défense à Paris, on a cherché dans la nature des arbres qui poussent dans 40 à 50 cm de terre, et on a travaillé les mottes de sorte qu'elles soient plates. On suivra la croissance des racines et leur alimentation en eau avec un système de sondes. On arrive à produire ces paysages augmentés car on a une meilleure connaissance de leurs besoins et on arrive à mieux contrôler leurs milieux. » L´éveil de Bruxelles L'absence de consensus entre les Régions pour fermer le ring au sud de Bruxelles a participé à préserver des terres, ainsi que le bois de Hal et la forêt de Soignes. Avec ses 4.400 ha, cette dernière offre à elle seule un espace boisé 2,5 fois supérieur aux bois de Boulogne et de Vincennes réunis. L'autre force de Bruxelles réside dans ses intérieurs d'îlots. Sa faiblesse provient de ses espaces publics. Bas Smets remarque qu'il n'y a pas de subventions pour « débitumiser » Bruxelles, contrairement à ce qui se fait en Flandre, et qu'« il n'y a pas d'arbres, si ce n'est dans quelques grandes avenues. C'est pareil dans beaucoup Bruxelles Métropole - février 2020 ❙ 23 D.R. D.R.

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